Tokyo Babylon, tomes 1 Ă  7 - CLAMP


Mon avis : coup de 💕 - un de mes mangas préféré

Genre : SFFF, mystère, société
Public : grands ado, adultes
Statut de la série : terminée
Nombre de tomes : 7

Mes autres articles sur CLAMP :


Résumé éditeur 

Subaru Suméragi est un maître du yin et du yang qui utilise ses puissants pouvoirs psychiques pour protéger Tokyo. Il est ami avec Seïchiro Sakurazukamori, en apparence un simple vétérinaire. Mais la vérité est plus compliquée qu’il n’y paraît, et les rêves de Subaru lui montrent un autre visage de Seïchiro...



Cette année j’ai eu envie de relire mes titres préférés de CLAMP afin de leur faire des chroniques dignes de ce nom. Si le travail des 4 mangaka ne me plait plus tellement ces dernières années, elles gardent une place particulière dans mon coeur : mon premier manga était Tsubasa Reservoir Chronicle et je me suis passionnée pour nombre de leurs autres titres

J’ai commencé par Tokyo Babylon qui est celui qui m’a le plus marquée et qui constitue le préquel de mon titre préféré, X-1999. Si c’est un de leur plus anciens titres, il aborde des thématiques de société qui restent actuelles et est porté par un trio aussi complexe que charismatique. Les graphismes sont donc d’époque, avec quelques maladresses dans les proportions, toutefois une certaine élégance se dégage déjà de planches aux aplats faussement simplistes pour mettre en valeur les personnages qui sont au coeur de toute l’ambiance.

Une réflexion sur la société


L’intrigue de Tokyo Babylon suit les interventions de Subaru dans son travail d’exorciste, avec une succession de cas. Chacun est l’occasion pour le héros de se confronter à des êtres humains différents, d’apprendre d’eux, mais c’est surtout un moyen pour les mangaka d’aborder divers thèmes de société. 


« Les personnes âgées peuvent être comparées à des livres d’histoire vivants » - Subaru


Si certains phénomènes peuvent paraître datés - comme les conversations de groupe par téléphone (encore qu’on a là une ébauche des réseaux sociaux) -, la quasi totalité restent très actuels : de l’immigration, à la place des personnes âgées, de la crise immobilière au suicide, du harcèlement scolaire aux sectes, une multitude de sujets de réflexion interrogent non seulement les personnages mais bien sûr aussi le lecteur.


« Ceux qui acceptent de donner les organes de leurs proches pensent que c’est un moyen de prolonger un peu leur vie. » - Seïchiro


Comme toujours avec CLAMP, nul manichéisme dans les cas présentés. Les personnages - principaux ou secondaires - ne sont que des êtres humains imparfaits, aux convictions parfois contradictoires. Ainsi les mangaka ne prennent pas de position franche sur beaucoup de sujets, comme celui du don d’organe : elles se contentent de présenter la détresse et les croyances de différents points de vue, laissant ainsi le lecteur se faire sa propre opinion.

« Japonaise ou étrangère... peu importe ! Nous sommes avant tout des êtres humains. » - Hokuto


En abordant ces sujets de fond c’est en réalité la nature humaine elle-même qu’analysent les CLAMP. À travers réactions de chacun à des situations ordinaires ou extraordinaires, elles explorent nos facettes les plus sombres ou les plus nobles, pour livrer un message profondément humaniste, particulièrement bien exprimé par la voix d’Hokuto.


« Je hais Tokyo, je méprise cette ville si jolie, si étincelante la nuit et pourtant si cruelle ! » - Un esprit


La ville de Tokyo où se déroule l’action est ici le symbole des grandes villes, à la fois dynamiques et qui attirent nombre de gens, mais aussi froides et anonymes. La solitude, la misère et l’éloignement familial côtoient les réussites tout en restant dans l’ombre. Et si les premiers chapitres ont une apparence légère, on sent rapidement que quelque chose de sombre se profile.


Un titre mystique

La place des religions


En effet, le titre associe Babylon - détruite par la colère de Dieu - à Tokyo, allant jusqu’au parallèle des deux tours dès les premières pages. L’approche de l’apocalypse est ainsi évoquée à plusieurs reprises au cours de l’histoire, avec des références à la Bible ou aux prédictions de Nostradamus.


« C’est une ville unique qui s’amuse lentement à observer son déclin » - Seïchiro


Comme dans beaucoup de titres de CLAMP, les inspirations religieuses sont nombreuses. Les mangaka ne se cantonnent pas au bouddhisme et au shitoïsme pratiqués au Japon, et ce dès les premières images du manga : la croix chrétienne ou les habits catholiques reviennent régulièrement, y compris sur les couvertures. La croix revient aussi sous sa forme inversée, référence au satanisme. Quant aux autres religions, elles sont présentes aussi, le Coran, la kabbale ou les écrits hindous sont évoqués et utilisés par moments.

Le trio de personnages n’est pas non plus sans rappeler la sainte trinité, bien que fortement altérée - pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrais pas pour ne pas spoiler. Subaru est typiquement un personnage christique, qui aime plus autrui que lui-même et peut se sacrifier pour l’Autre sans la moindre hésitation, comme son attitude le prouve à plusieurs reprises. Sa soeur Hokuto estime d’ailleurs que ce trait de son caractère n’est pas humain.


« Si cela pouvait apaiser cette femme tu te serais volontiers sacrifié » - Seïchiro à Subaru


Les religions sont ici à la fois sources de protection, de maléfices si elles sont détournées, mais également de croyances diverses : de la vie après la mort, à la divination - qui suppose donc que le destin est écrit -, en passant par la dualité corps / esprit ou la réincarnation. Les CLAMP les distinguent bien des sectes qui font croire aux personnes en position de faiblesse qu’il suffit de prier pour aller mieux sans contrepartie, une idée non seulement ne prend pas en compte les sentiments des victimes, mais va à contrecourant du principe d’équilibre cher aux mangaka.

La magie omniprésente


En religion, comme en magie, les CLAMP estiment que tout a un prix. D’ailleurs les magies utilisées dans Tokyo Babylon dérivent des religions, notamment du bouddhisme pour la voie du yin et du yang dont les familles Suméragi et Sakurazuka sont les représentantes.

Ainsi, plus le sort lancé est puissant, plus le prix est élevé - allant parfois jusqu’à une vie humaine en échange. Ce principe d’équilibre se retrouve dans nombres d’autres titres des mangaka, le plus évident étant bien sûr xxxHolic, où chaque vœu exaucé par la sorcière suppose un paiement de valeur équivalente.


« C’est le Sakanagi. Nul ne peut utiliser la magie impunément, les forces qu’elle dégage seront toujours en proportion avec le contrecoup que subira celui qui en aura abusé » - Seïchiro


Puisque les religions servent de socle à ces magies, rituels, habits cérémoniels, textes sacrés et cercles ésotériques sont sources de pouvoir pour notre trio principal. Le folklore japonais a également la part belle et les esprits torturés hantent les lieux d’intervention de Subaru.


Les personnages : trio, dualité, formes d’amour

Un trio complexe


Mais au-delà des sujets précédents, ce qui fait toute la saveur de Tokyo Babylon c’est sans conteste son trio principal : Subaru, Hokuto et Seïchiro. À eux seuls, ils présentent la plupart des facettes de l’humanité et de ses formes d’amour.

Leurs relations semblent initialement légères et simples, tout comme leurs personnalités, mais les deux recèlent en réalité de nombreuses épaisseurs que l’on découvre peu à peu... et encore ! Si Subaru est relativement transparent, il m’a fallu trois lectures pour comprendre Hokuto et je pense que personne ne comprendra jamais vraiment Seïchiro.


« J’aimerais savoir qui est vraiment Seïchiro » - Subaru


Nous aussi Subaru, nous aussi... mais le mystère qui entoure Seï le rend fascinant et, selon moi, rien de moins que le meilleur personnage de toute l’œuvre de CLAMP. Tour à tour prévenant, effrayant, drôle, impitoyable, intelligent, mais toujours extrêmement charismatique, il possède un charme indéniable. Dès les premières pages, il déclare être amoureux de Subaru, et sa meilleure alliée est Hokuto.


« C’est vrai qu’il a "l’air gentil" mais est-il vraiment "gentil" ? Ça reste à prouver » - Hokuto à propos de Seïchiro


Sous ses dehors frivoles et exubérants, la soeur jumelle de Subaru est en réalité une jeune femme forte et perspicace. Sa relation avec Seïchiro semble légère, cependant ils se comprennent - et se ressemblent, notamment par leur sens pratique - bien mieux tous les deux, que Seïchiro et Subaru, voire Hokuto et Subaru. Leurs conversations sont souvent à demi-mot, détournées lorsqu’elles entrent en terrain glissant, en général par Seï.


« Si je te laisse rentrer dans cet état tu risquerais d’attraper froid et Hokuto serait furieuse ! » - Seïchiro à Subaru


Ce genre de remarque de Seï revient à plusieurs reprises et me laisse supposer (mais avec lui, toujours difficile d’avoir des certitudes) qu’il a un profond respect pour la jeune fille. Je pense d’ailleurs que la dernière scène partagée par ces deux là résulte de ce même respect, mêlé à d’autres sentiments que je développerai plus bas dans une partie avec des spoilers (annoncés).


« J’ai un pouvoir que tu ne possèdes pas, celui de comprendre ton coeur » - Hokuto à Subaru


Subaru a un côté altruiste si développé qu’il confine au divin et en a oublié de développer un amour de lui-même. Hokuto, très attachée à son frère jumeau, s’est donné pour mission de prendre soin de lui, que ce soit pour s’assurer qu’il mange assez ou pour s’occuper de son coeur. Elle lui permet notamment de ne pas tomber dans des spirales de culpabilité qui risquent de l’auto-détruire.

La thématique de la dualité


« Les Suméragi sont face, les Sakurazuka sont pile... » - Hokuto


Cette phrase prononcée au début du tome 1 par Hokuto résume une des thématiques de Tokyo Babylon : la dualité.

En effet, Subaru comme Seï sont issus de familles qui pratiquent la voie du yin et du yang et représentent ainsi la vie et la mort. L’un ne peut exister sans l’autre, ces deux faces sont aussi opposées que complémentaires et indispensables. Et cette dualité ne se limite pas à la magie, elle se retrouve également dans la personnalité des deux hommes et même à travers les différents visages de Seï. 


« C’est parce que nous sommes des êtres différents que nous pouvons nous préoccuper l’un de l’autre » - Hokuto à Subaru


Le thème se retrouve également dans le choix de héros qui sont jumeaux. À la fois très semblables avec leurs visages identiques et leur lien psychique très fort, Hokuto et Subaru sont également de sexes et caractères opposés. 

Cet aspect opposition-complémentarité se retrouve sur les formes d’amour, un thème cher aux CLAMP. De l’amour salvateur / destructeur, à la conciliation de l’altruisme avec l’amour de soi, si l’on creuse un peu la lecture toutes ces questions sont soulevées à travers les relations entre ces trois là.

Focus sur la relation Subaru / SeĂŻchiro


‼️Attention cette partie comporte des spoilers, si vous souhaitez les éviter passez directement à la conclusion‼️


L’un des plus grands mystères de Tokyo Babylon réside dans les véritables sentiments de Seïchiro envers Subaru.

Alors qu’il a toutes les raisons d’éliminer le jeune Suméragi dès leur première rencontre, il les lie par un pari qui met en jeu leurs cœurs à tous les deux.


« Sais-tu pourquoi les pétales de cerisier sont légèrement rouges ? Parce qu’ils se nourrissent du sang des cadavres enterrés à leur pied » - Seïchiro à Subaru


Si la floraison du cerisier est le symbole du retour à la vie, cette phrase du jeune Seï est une façon d’expliquer que la mort permet cette dernière. Et ces pétales blancs souillés ne sont-ils pas une image de la perte d’innocence du Sakurazukamori qui a dû endosser le macabre héritage familial ?

Alors quand le jeune garçon qu’il rencontre s’inquiète de la souffrance des cadavres, je pense que le tueur est touché malgré lui. Ce pari est peut-être une forme d’appel à l’aide, un espoir de développer des sentiments humains dont il affirme être dépourvu.


« Vous avez blessé Subaru et ça, je ne le pardonnerai pas » - Seïchiro


Tout au long de l’histoire et même après, on se demande ce qu’éprouve véritablement Seï pour Subaru. S’il affirme au bout du compte être incapable d’aimer, beaucoup de ses réactions protectrices sont équivoques et impliquent des sacrifices importants.

Je pense - et ce n’est ici que ma propre analyse avec beaucoup de conditionnel - qu’il croit ne pas avoir réussi à se faire aimer de Subaru, qui réalise ses propres sentiments trop tard. Je pense qu’il prend la perte de son oeil à la légère parce que d’une certaine façon il se déteste - et par conséquent ne s’estime pas digne de recevoir une quelconque affection. Je pense que finalement, il dit avoir gagné leur pari pour protéger son coeur, mais sait parfaitement qu’il a perdu - et que ça l’effraye car cela signifierait renier qui il est et d’où il vient. Et surtout se rendre vulnérable pour quelqu’un qui ne semble pas sur la même longueur d’onde. Au fond, il n’a pas la moindre idée de ce qu’est l’amour, lui qui a été élevé pour tuer.

Mais finalement, peut-être que Seïchiro est bien le robot sans âme qu’il affirme être, même si la suite de leur relation dans X-1999 me semble aller dans mon sens.


Si Tokyo Babylon peut se lire seul ce titre est aussi un préquel de X-1999 : ici, les CLAMP préparent le terrain pour l’apocalypse à venir. D’ailleurs le trio Subaru / Seïchiro / Hokuto trouve son écho avec Kamui / Fuuma / Kotori et plusieurs thématiques se recoupent.

Pour autant Tokyo Babylon est selon moi leur titre le plus mature par les sujets de société abordés, mais aussi à travers le mystère qui entoure Seïchiro. Les auteures semblent cependant donner une clé de compréhension de ce dernier dans la conclusion du manga :

« Peut-être que tous les gens qui font du mal sont tristes » - Un esprit


Écrire commentaire

Commentaires: 0