Écriture : que m'apporte la fanfiction ?


Depuis quelques mois, je me suis mise à écrire des fanfictions, un exercice que je n'avais pas prévu de tenter et qui m'apporte beaucoup en tant qu'auteure. 

Petit point sur ce que c'est, pourquoi et comment je m'y suis mise et en quoi cela enrichit ma pratique de l'écriture.


Fanfiction : kézako ?


La fanfiction est comme le nom l'indique, une fiction écrite par des fans. Fans de quoi ? D'un univers existant : cela va de Star Wars, à Harry Potter, en passant par Fullmetal Alchemist, Buffy ou Hunger Games, ou même des jeux vidéos.

De nouvelles histoires sont créées à partir de ces licences, soit en reprenant les personnages, soit le cadre, soit les deux. Cela peut suivre l'intrigue originale - on parle alors de "canon-compliant" - pour la compléter, la poursuivre, se centrer sur des personnages secondaires... ou changer complètement. Les personnages peuvent évoluer dans un univers alternatif, on peut faire des cross-over (croisements entre licenses), cela peut être de la romance, de la fantasy, du thriller... Bref, les possibilités sont aussi vastes que l'imagination.

Bien entendu, les droits n'appartiennent pas aux auteurs de fanfic, même si certains univers se sont ouverts à la publication avec des reversements de droits (voir Kindle Worlds chez Amazon par exemple). La pratique est globalement tolérée (globalement car certains auteurs s'y opposent officiellement) tant qu'elle n'est pas lucrative. De manière générale ceux qui détiennent les droits n'ont pas tellement intérêt à taper sur les auteurs de fanfic, qui sont des fans hardcore et contribuent à la renommée de la licence. C'est en tout cas la position générale des Japonais qui ne s'opposent même pas à la vente de produits issus de fans, voire l'encouragent avec des conventions comme le Comiket. Certains auteurs se sont aussi prononcés en faveur des créations de fanfictions, parfois avec des restrictions, comme J.K. Rowling qui les encouragent à condition qu'il n'y ait pas de pornographie, afin de protéger son lectorat cible.

Pour plus de précisions, je vous renvoie vers l'article de Wikipédia sur le sujet.



Comment je suis venue à en écrire ?


J'avais déjà lu quelques fanfics, mais je m'y suis vraiment mise en tant que lectrice après la diffusion de Yuri on Ice.

Si vous me suivez un peu, vous devez forcément savoir à quel point cet animé m'obsède. En seulement 12 épisodes, il a bouleversé mon approche créative, d'abord du dessin, de la lecture, puis ensuite de l'écriture. Frustrée par la fin de la saison, je me suis mise à lire des fanfictions pour compenser le manque (on dirait que je parle d'une drogue, c'est pas si loin en fait lol !).

Bref, avant Yuri on Ice, je n'avais jamais envisagé d'écrire de fanfic et ma seule tentative de romance m'avait ennuyée - elle est enterrée dans un coin depuis environ 2 ans. Mais après plusieurs fanarts, quand l'obsession ne me lâchait toujours pas, j'ai eu BESOIN de transformer celle-ci en quelque chose de constructif : c'est ainsi qu'en janvier que j'ai commencé à écrire Amnésie. J'étais également dans une phase de creux du côté de ma propre saga et j'avais besoin de retrouver le simple plaisir d'écrire.

Je n'avais qu'un but à ce moment là : raconter une romance sans prétention pour m'amuser et canaliser mon inspiration en prolongeant l'expérience de cet animé que j'adore. Absolument rien d'autre.



Des sources d'inspiration multiples


L'utilisation de mondes auxquels je suis déjà fortement attachée m'a permis un déclenchement créatif. Me donne un ou plusieurs points de départ pour développer ma propre histoire.

Ce sont des sources d'inspiration. Aucun écrit n'est exempt de celles-ci, même les histoires originales. Pour prendre l'exemple d'Harry Potter, J.K. Rowling n'a pas inventé le concept de sorciers avec des baguettes magiques et qui volent sur des balais, ni même le principe d'une école de magie (voir L'île du Crâne d'Anthony Horowitz par exemple). Elle a utilisé des mythologies et folklores de différentes origines : de l'oiseau tonnerre amérindien (dans Fantastic Beasts) aux hippogriffes qui ressemblent étrangement à des griffons, en passant par les vélanes issues de la mythologie slave. Autre exemple : Romeo et Juliette de Shakespeare est la réinterprétation du mythe antique de Pyrasme et Thisbé d'Ovide, et emprunte plusieurs autres sources d'inspiration.

Raconter une bonne histoire ce n'est pas tant créer quelque chose qui n'existait pas avant - tâche quasi impossible à vrai dire, tout a été déjà écrit - mais utiliser toutes ces sources pour développer une intrigue et un monde cohérent. Et en faire quelque chose de personnel.

La fanfiction ne fait pas autre chose finalement. Et même si cette forme d'histoire reprend des univers déjà créés, cela n'empêche pas d'en faire aussi quelque chose de personnel. C'est un peu le pari que j'ai pris avec Yuri in the Sky with Diamonds où je mélange les personnages de Yuri on Ice, dans un univers Harry Potter, mais au Japon avec la culture et la mythologie locale. Ce dernier point m'est lui-même inspiré par mon voyage au Japon, mais aussi mes lectures de manga / visionnage d'animé : par exemple, le shikigami du chapitre 1 est un emprunt direct à Tokyo-Babylon, Natsume Yuujinchou ou Le Voyage de Chihiro.

Soyons clairs : toutes les fanfics ne sont pas géniales. Mais dans le lot il y en a qui sont bien meilleures que certains romans publiés. Si vous lisez l'anglais, je vous conseille vraiment The Rule for Lovers (pas encore terminée) qui démontre parfaitement les points précédents : à partir des personnages de Yuri on Ice, l'auteure a créé une romance avec intrigue politique addictive qui mêle magie et technologie moderne. En toute honnêteté, si elle changeait les noms des personnages, elle pourrait presque la publier telle quelle (et je l'achèterais les yeux fermés !).



Une autre approche de la construction d'histoires


Partant sur quelque chose sans prétention, j'ai complètement lâché prise sur la construction de l'intrigue. Si pour L'Opale de Feu, j'ai besoin de savoir un peu où je vais - tout en gardant un plan assez lâche (je pense faire un prochain article sur les 2 approches) -, là j'ai pris les personnages, une situation de départ et je me suis laissée guider.

La fanfiction permet ceci : on ne part pas de zéro. Si l'on connaît bien les personnages (et après 5 ou 6 visionnages, je pense les avoir à peu près cernés), il suffit de les mettre dans une situation de conflit initial et de les observer. Le travail de l'auteur est alors de décrire leurs réactions, sentiments... et de se laisser surprendre ! Je fais déjà un peu ça avec mes propres histoires, mais ici j'avais le plaisir d'utiliser les excellents personnages de Yuri on Ice et du coup de pouvoir directement écrire ce qu'ils ont à me dire.

Ici donc, on ne créé pas les personnages, mais si l'on veut y être fidèle (ce qui est mon cas), cela demande un minimum d'analyse de leur personnalité. Ce qui est très formateur aussi, et absolument fascinant avec des personnages aussi complexes que ceux de Yuri on Ice qui possèdent de nombreuses facettes.

Lorsque je suis arrivée à la fin d'Amnésie, j'ai eu envie de raconter l'histoire de deux autres couples, mais toujours dans le même cadre d'intrigue. J'ai donc écrit deux spinoffs : Intoxicated et Welcome to the Madness. Cette fois j'avais une trame à suivre, je devais rester cohérente avec ce que j'avais déjà écrit. Cela m'a donné un léger cadre, mais toujours pas vraiment un plan, et de nouveau je me suis laissée guider.

J'ai ainsi obtenu trois intrigues imbriquées mais avec des ambiances assez différentes du fait des personnalités des protagonistes. Si Victor/Yuri sont plutôt romantiques - avec un fond dramatique dans Amnésie -, Christophe/Phichit sont plus dans la séduction et le jeu, tandis que l'histoire d'Otabek/Yurio raconte le passage à l'âge adulte et l'éveil à la sexualité.


Travail par épisode


Autre différence avec ce que je fais d'habitude : la publication chapitre après chapitre.

Jusqu'ici je n'étais pas assez à l'aise pour publier ce qui est finalement un premier jet d'histoire. Ce qui supposait d'arriver jusqu'à la fin de mon manuscrit avant tout partage.

Le système de publication sur internet, que ce soit sur Wattpad ou Archive of our Own, se fait essentiellement par épisode. Ce qui peut sembler comme une énorme intrigue décourageante de longueur à écrire est alors découpée pas à pas. Un bout après l'autre, cela devient soudain une somme de petits objectifs au lieu d'un gros pavé. Au final avec ma série autour d'Amnésie j'ai dépassé allègrement les 100 000 mots et je n'ai rien vu passer !

Ce système m'a permis d'améliorer non seulement ma productivité globale, mais surtout ma régularité. Depuis que j'ai commencé à écrire des fanfics je n'écris pas encore tous les jours, mais presque, et c'est un bond de géant pour moi. Avant j'avais des périodes d'écriture intense et des mois sans rien de rien.

Dans l'écriture elle-même, ce système d'épisode m'oblige à porter attention au rythme de ma narration. Chaque chapitre comporte une ou plusieurs scènes, mais il doit avoir un but dans mon intrigue, une forme d'unité. Et se terminer si possible en cliffhanger pour donner envie de continuer la lecture, ou au moins en fin ouverte qui laisse imaginer plusieurs suites possibles. Tous ces points sont tout aussi importants dans un roman pour pousser la lectrice ou le lecteur à tourner la page pour continuer.



Interactivité avec mon lectorat


La conséquence directe de ce système de partage libre et gratuit en ligne, surtout avec un système d'épisode, est le contact direct avec mon lectorat.

L'écriture est un acte solitaire : l'auteur.e est seul.e devant son clavier (ou cahier, c'est selon les préférences). Et donc avec ses doutes. Est-ce que ce que j'écris a un intérêt ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de laisser tomber et me mettre au crochet ? (bon en vrai je suis une bille en travaux manuels mais j'espère que vous comprenez l'idée). Je compense déjà ce problème grâce aux bêta lectrices, mais je ne leur fait lire qu'après avoir achevé mon manuscrit. La relecture est un gros travail, et je ne peux pas leur envoyer chacun de mes chapitres de L'Opale de Feu tous les jours pour demander un avis, elles ont autre chose à faire.

Je n'attendais vraiment rien de la publication d'Amnésie et j'ai été submergée de commentaires positifs ! Je suis le genre de personne qui a besoin d'être rassurée sur ses compétences - j'ai un GROS syndrome de l'imposteur - et d'être encouragée. Savoir que mes mots parviennent à émouvoir des gens est vraiment mon meilleur carburant pour continuer. Les réactions en quasi-direct me permettent aussi de savoir ce qui marche ou non dans mon récit, de tester en quelque sorte.

J'ai aussi la fâcheuse tendance à procrastiner. Attendre le dernier moment pour me mettre à un truc. C'est donc parfois difficile d'avancer lorsqu'on est indépendant, j'ai d'ailleurs publié un article sur ce point.

À présent que j'ai un lectorat qui me suit et attend mes mises à jour, j'ai une motivation concrète pour ne pas (trop) laisser traîner mes textes.

Avec la publication de fanfic j'ai justement gagné du lectorat, ma régularité de publication me donne une visibilité que je n'avais pas jusqu'à présent en tant qu'auteure indépendante.



De la matière première pour de futurs romans ?


Finalement, je prends cette écriture de fanfictions comme à la fois un amusement, un entraînement et de la création de matière première pour de futurs romans.

En effet, l'intrigue m'est propre, ce qui ne m'appartient pas ce sont les personnages ou les créations comme le quidditch. Mais rien ne m'empêche de modifier ces points pour créer quelque chose de complètement original. Il y a déjà des exemples de romans publiés qui sont issus de telles démarches, le dernier en date dont le titre me vienne est Carry On de Rainbow Rowell (que je n'ai pas encore lu, mais c'est prévu).

Les idées ne sont en effet la propriété de personne. Tout le monde peut écrire une histoire dans une école de magie, à condition de ne pas l'appeler Poudlard, d'en reprendre les profs, les matières exactes, les sorts, etc...
Ce concept pour mes propres fanfics n'est qu'à l'état de projet pour l'instant, j'ignore si - et comment - je passerais à l'action. 


En attendant, ces histoires me permettent d'écrire sans la pression de quelque chose de commercial, ce qui me donne la possibilité d'expérimenter, libère ma plume vers quelque chose de plus spontané. C'est aussi un entraînement : plus on écrit, plus on est à l'aise - aucun secret derrière. Je peux ainsi faire des pauses dans l'avancée de L'Opale de Feu sur laquelle je suis depuis plus de 4 ans maintenant sans arrêter d'écrire pour autant.

J'ai ainsi découvert que non seulement j'étais capable d'écrire des romances, mais que j'aime ça et mes lecteurs aussi. Ce ne sont pas les idées d'autres fanfictions qui me manquent et je pense donc continuer à en écrire en plus de mes histoires originales !


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Commentaires : 2
  • #1

    GalaTruc (samedi, 09 septembre 2017 13:19)

    Ah j'ai beaucoup aimé cet article! Je le trouve très complet, en tout cas quasi toutes les questions que je me posais ont trouvé une réponse. Même si je sais bien comment fonctionne "l'univers" des fanfictions, au final j'en lis très peu, je pense essentiellement parce que je n'ai pas la motivation de mener des recherches approfondies... C'est dommage, et du coup je n'ai pas eu de contact réel avec des auteurs. Donc, merci pour cet article!

  • #2

    Anne-Cerise (samedi, 09 septembre 2017 15:24)

    Super si ça t'a apporté des réponses, n'hésite pas si tu as d'autres questions !

    Le problème de la fanfic en tant que lecteur c'est de trouver les perles au milieu du reste, le mieux étant de se faire recommander des textes par d'autres fans.