Animé : Le Rakugo ou la Vie - Saison 2


Mon avis : chef-d'œuvre ! ❤️❤️❤️❤️

Genre : arts, historique
Public : visible par tous, mais trop complexe pour les moins de 12 ans environ
Statut : terminé 
Nombre d'épisodes : 13 pour la saison 1, 12 pour la saison 2

Ma chronique de la saison 1 :
https://opaledefeu.jimdo.com/2017/01/14/animé-le-rakugo-ou-la-vie/


Synopsis

Après 10 ans d’apprentissage sous la direction du maître Yakumo, Yotarô arrive au sommet en devenant shin’uchi. Malgré cela, il a choisi de reprendre le nom de Sukeroku pour prendre la succession non pas de son maître mais du père de Konatsu. On pourrait croire que tout lui réussit mais ce n’est pas vraiment le cas. En effet, le Rakugo reste un art en plein déclin. Et il s’inquiète aussi pour Konatsu, devenue mère célibataire. Yotarô, maintenant Sukeroku 3e du nom, sera-t-il à la hauteur des défis qu’il a lui-même décidé de relever ?


Si la saison 1 du Rakugo ou la Vie était excellente, la seconde relève tout simplement du chef-d'œuvre. L'intrigue est toujours aussi bien menée, les personnages complexes, l'animation parfaite. Vraiment, je pourrais écrire des pages de superlatifs sur ce superbe animé.

À la place je vais là encore essayer de trier ma chronique sur trois axes. Tout d'abord, de nouveau, le rakugo lui-même, avec son évolution mais surtout sa sauvegarde. Ensuite, de nouveau là aussi, la narration. Enfin le thème de la famille, la transmission et la rédemption, tout aussi central dans cette saison.

Une fois encore tout cela est intimement lié, et si le synopsis officiel est centré sur Yotaro - qui effectivement prend beaucoup plus d'importance - le personnage principal reste selon moi Yakumo.


‼️ATTENTION cet article comporte des spoilers de la saison 1‼️

Le Rakugo : évolution et sauvegarde


Dès l'ouverture de la cette saison, Yakumo réaffirme sa volonté d'emporter le rakugo dans la tombe avec lui. Ce n'est pas par haine, mais au contraire par un amour trop fort pour cet art comme l'indique le titre en version originale : 昭和元禄落語心中 (Shouwagenroku Rakugo Shinjuu), soit littéralement le double suicide amoureux du rakugo des années 60-70. Ma traduction est probablement un peu grossière, mais le mot important ici c'est 心中, le double suicide amoureux

Si la saison 1 laissait supposer qu'il s'agissait de Miyokichi et Sukeroku, nous savons à présent qu'ils ne se sont pas suicidés : il s'agit bien de Yakumo et du rakugo. Du reste le générique d'ouverture est rempli d'allusions, de la chute de la falaise dans son kimono de maître rakugo, à la bougie qui s'éteint comme dans son fameux Shinigami.

Or s'il veut tuer son art c'est notamment pour qu'il ne risque pas de se dénaturer en entrant dans l'ère moderne. L'histoire ne donne pas de date exacte, cependant à un moment un personnage évoque le séisme de Kobe, qui a eu lieu en 1995. Bien entendu la télévision existe depuis un moment, mais les jeux vidéos ont aussi pris une bonne part du marché du divertissement, bref les concurrents aux arts traditionnels sont légions. 

Alors de nouveau se pose la question : doit-on garder le rakugo tel quel ou le faire évoluer pour qu'il aille vers le public ?
Évidemment Yakumo est partisan de la première option, et c'est aussi pour tuer cet art qu'il avait toujours refusé de prendre un apprenti. Jusqu'à ce que Yotaro lui tombe dessus bien sûr.

Ce dernier va prendre une importance plus grande dans cette saison, en tant qu'héritier de Yakumo - mais pas seulement, comme j'y reviendrai. Il va dès le début de la saison affirmer à son maître qu'il ne le laissera pas tuer le rakugo, un art dont il est amoureux et qui l'a sauvé d'un destin moins glorieux parmi les yakuza.
Un autre personnage va chercher à contrecarrer les plans de Yakumo, un écrivain, qui sera clairement une épine dans son pied avec ses idées novatrices, sa fascination pour le maître rakugo et ses questions dérangeantes. Cet homme permet de soulever beaucoup d'interrogations sur ce qu'est une histoire, ce qui fait un classique, ce qui parle au public, comment sauvegarder une tradition orale. Par son comportement envahissant parfois, il fait avancer l'intrigue sur plusieurs points, à la fois en créant une nouvelle dynamique et en documentant l'héritage du passé.

Mais au fond, s'ils ne sont pas d'accord sur la manière de procéder, Yakumo, Yotaro et cet écrivain se rejoignent sur un point : leur amour du rakugo. Cette seconde saison de l'animé apporte ainsi des réponses à ces problématiques sur l'avenir de cet art, une conclusion parfaitement maîtrisée que je vous laisse découvrir.

La narration


Comme pour la saison 1, nous connaissons ici dès le départ l'issue de l'histoire pour Yakumo. Le générique glauque nous montre clairement que sa vie touche à sa fin - entre le fantôme de Sukeroku qui révèle son squelette et la bougie qui s'éteint, le message est clair -, d'ailleurs il ne se fait plus tout jeune. Au passage faites attention aux modifications de l'opening sur certains épisodes, ils ne sont jamais anodins.

Assez logiquement donc, nous attendons une issue fatale pour le maître rakugo. Cependant, l'enjeu n'est pas là. La question n'est pas de savoir si Yakumo va mourir, mais s'il mourra en paix et s'il tuera le rakugo ou non. Le second point rejoint mon paragraphe précédent, je développerai le premier dans le suivant.

Par conséquent, la tension est tout aussi présente que dans la saison précédente et les retournements de situation sont légions. Et d'une force capable de laisser sonné ou en larmes pendant des heures après. Non je n'exagère pas, c'est en tout cas ce que j'ai ressenti plus d'une fois avec cette série.

Ces plot-twists sont une démonstration parfaite de l'importance du choix du narrateur : dans un animé qui traite de storytelling, comment ne pas y voir de nouveau une intrigue à plusieurs niveaux de lecture ? Celle-ci joue énormément sur les sous-entendus, laissant des marges d'interprétations aux différents personnages... et au spectateur. Chaque narrateur ne raconte au fond que ce qu'il veut, pas forcément la Vérité, rendant l'histoire non seulement complexe, mais réaliste, en écho à notre condition humaine. 

Ce point est renforcé par une part d'illusions / d'onirisme beaucoup plus importante que dans la saison précédente. Yakumo est-il vraiment hanté ? Perd-il la raison ? Certains évènements sont-ils réels ? Rêvés ? Des accidents ou le fruit d'un délire ? Aucune réponse claire n'est donnée, et cela n'a aucune importance. Libre au spectateur de prendre ces séquences pour la réalité - qui verse alors dans le fantastique -  ou non. Dans un cas comme dans l'autre, elles renforcent le ressenti des protagonistes et sont chargées d'un symbolisme profond, qui pourrait faire l'objet d'un article à lui seul (peut-être bien que je m'y lancerais d'ailleurs).

Et de nouveau la mise en scène est impeccable, permettant de sublimer cette ambiance. L'animation est à couper le souffle, la musique parfaitement adaptée, vraiment je ne vois pas ce qu'on pourrait reprocher au travail du studio.

Famille, transmission, rédemption


Le sous-titre de cette saison annonce clairement le thème de celle-ci : histoires de transmission. C'était bien sûr déjà l'un de ceux abordés dans la précédente, mais ici il prend une importance cruciale pour sauver deux entités : l'âme de Yakumo et le rakugo.

Bien sûr, il s'agit tout d'abord de la transmission de l'Art, de maître à élève, d'une génération à l'autre. Et, en effet, le rakugo est le ciment de la maisonnée de Yakumo : il a poussé Yotaro vers lui, Konatsu à avoir un enfant, les deux à se rapprocher l'un de l'autre. Et si Konatsu affirme haïr Yakumo, elle veut que son enfant connaisse son rakugo. Mais le rapport entre eux quatre - Yakumo, Yotaro, Konatsu, l'enfant de celle-ci - dépasse cela, et démontre une fois de plus que les liens du sang ne sont pas primordiaux pour créer une famille.

Par ailleurs, si Yakumo a sauvé Yotaro à sa sortie de prison, voyant certainement en lui un écho de son cher Shin-san, c'est au tour de l'apprenti d'essayer de lui rendre la pareille. Sa personnalité dynamique oblige les deux autres adultes de la maison à s'ouvrir, malgré les nombreux secrets et fantômes entre eux - et leur fichu caractère. Par ailleurs, le fils de Konatsu sera lui aussi une bouffée d'air frais, comme les enfants savent l'être, acceptant son entourage tel qu'il est sans se poser de questions.

Mais, pratiquement jusqu'au bout, on se demande si tout cela sera suffisant pour apporter la paix d'esprit à Yakumo. Prisonnier de ses fantômes, toujours convaincu qu'il ne peut atteindre le sommet de son art que seul, il refuse - littéralement dans l'opening - les mains tendues autour de lui. Acceptera-t-il à un moment de lâcher prise du passé pour embrasser pleinement le présent ? Encore une fois, je ne vous en dit pas plus, simplement que la conclusion de l'histoire de Yakumo est - elle aussi - magnifiquement maîtrisée.

Quant à l'histoire de Yotaro, Konatsu, leur fils et tous les autres, elle se développe autour de ce personnage charismatique, leur permettant à tous d'évoluer. Mais les freinant aussi parfois, par son aura et les sentiments qu'il leur inspire.



Que dire en conclusion ? Cet animé est l'une des plus belles histoires qu'il m'ait été donné de vivre, que ce soit pour son aspect artistique ou humain. C'est une plongée dans l'Histoire et la culture du Japon, pays absolument fascinant. En suivant ces personnages extrêmement complexes et attachants, j'ai eu l'impression de voyager à leurs côtés, entre traditions et modernité, shamisen et jazz, bouddhisme et shintoïsme... J'ai retrouvé tout ce que j'ai aimé de mon séjour au Japon, et en même temps des sentiments absolument universels, car humains.

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