Écriture : créer ses personnages


À l’approche du NaNoWriMo je suis en plein travail sur les personnages de mon projet, ce qui m’a donné envie de partager avec vous les différents aspects à prendre en compte lors de leur création. Comme tous mes articles sur l’écriture, ce n’est que le fruit de mon expérience et mon point de vue, n’hésitez pas à le compléter.

Une histoire est toujours portée par au moins un personnage, plus souvent plusieurs (c’est un peu plus intéressant). Disons en tout cas qu’au moins pour vos personnages principaux (protagonistes ou antagonistes) il est bon de se poser les questions que je vais développer ci-dessous.

Vous pouvez faire des fiches personnages, détaillées ou pas, ou garder les informations simplement en tête ; tout prévoir avant de commencer à écrire ou le développer au fil de l’eau. Tout est possible et dépend du fonctionnement le plus confortable pour vous, ainsi que de votre histoire : s’il y a deux personnages, la dose d’informations à manipuler n’est pas la même qu’avec une vingtaine. À présent j’ai l’habitude de faire des fiches succinctes dans mon application d’écriture (Storyist sur iPad) pour les personnages importants, comme celle-ci pour l’une de mes fanfictions :


Vous noterez que je n’ai pas tout complété, tout simplement parce que je n’ai noté que ce qui n’était pas intégré dans mon esprit. Le personnage venant de Yuri on Ice, je connais déjà la couleur de ses yeux ou son caractère par exemple.

Selon les besoins ce sera plus ou moins détaillé, et généralement je remplis au fur et à mesure de l’écriture : je ne suis pas vraiment architecte, je me laisse donc de la marge pour découvrir mon personnage. Les personnages mineurs sont eux créés au fil des besoins et à part noter leur nom, celui de leur tribu et de leur anima pour ne pas me contredire plus tard, c’est à peu près tout. Si l’un d’eux finit par prendre plus de place, j’avise alors.

L’aspect physique


Une description commence dans l'imagination de l'écrivain et doit s'achever dans celle du lecteur.
Stephen King - Ecriture, mémoire d'un métier


Je trouve que cette citation résume parfaitement le travail de l’auteur : inutile de rentrer dans une foule de détails, surtout dès la première page. Au mieux ce sont des informations superflues, au pire c’est barbant (avis très perso ici, je déteste les descriptions que je lise ou que j’écrive). Et vous avez le temps dans la phase d’exposition - et même après - de parsemer le texte d’indications, chose que j’ai mal géré pour le tome 1 de L’Opale de Feu et que je réécrirais autrement si (ou quand) c’était à refaire.

Ce qui importe au lecteur n’est pas d’avoir le détail de la structure osseuse de chaque centimètre carré du personnage, mais de se faire une image globale de celui-ci, différente des autres protagonistes. Et pour cela il suffit de quelques traits généraux, à commencer par ce qu’on voit en premier chez quelqu’un : âge, ethnie, façon de s’habiller, cheveux (longueur, couleur, frisés/raides, coiffure...), yeux (forme et couleur), espèce s’il n’est pas humain. Puis des éléments qui le distinguent des autres : une taille ou carrure à part, un grain de beauté, des taches de rousseur, des tentacules ou que sais-je ! Ne négligez pas le langage corporel, car chaque personne possède une façon bien à elle de sourire par exemple, différente si elle est sincère ou non ; de se tenir ; de montrer sa colère.

Tous ces éléments permettent aussi de refléter la personnalité et le milieu social ou d’expliquer par exemple un complexe (pensez Cyrano et son nez). Une personne un peu snob ne va pas s’habiller, se coiffer, se tenir, comme un gamin espiègle ; ma Cateline qui vient d’une tribu de type amérindienne n’aura pas la même tenue qu’un noble d’une société moyen-âgeuse.

Le personnage doit être un être vivant à part entière, différent de son voisin (sauf si c’est le but : jumeau, clone, dystopie...). C’est pourquoi les termes trop flous, trop dans la « norme », n’ont pas tellement d’intérêt pour le lecteur : une « taille moyenne » non seulement n’apporte rien à une description, mais ne veut pas dire grand chose - la « moyenne » est une notion variable selon les peuples et les époques.

J’ai personnellement du mal avec les qualificatifs « beau » ou « belle ». À moins que ce soit l’avis d’un autre personnage - auquel cas ça nous informe sur la relation entre eux - je trouve ça trop flou, trop courant (est-on obligé d’avoir des top models tout le temps ?), voire un rien sexiste parfois. J’ai ainsi lu un roman où les femmes étaient trop souvent désignées comme « la belle brune » ou « la belle blonde », les hommes par contre avait droit à des termes qui n’étaient pas d’ordre esthétique... Je ne dis pas qu’il faut bannir le terme, mais le manipuler selon moi avec une réflexion sur ce qu’on souhaite transmettre.

L’une de mes techniques quand je cherche à décrire un personnage est de chercher une image qui lui ressemble sur Pinterest ou Google image par exemple, notamment quand je souhaite une nationalité / ethnicité particulière. Mes tribus dans L’Opale de Feu sont ainsi créées en utilisant des peuples existants, des Amérindiens aux Inuits, en passant par les Berbères : je peux ainsi donner de la diversité aux rencontres de mes héros. Pour les fanfictions, Yuri on Ice a déjà fait ce travail de diversité, et je veux vraiment le conserver pour le roman que je souhaite en tirer.


La personnalité


Plus qu’un aspect physique, un bon personnage c’est une personnalité intéressante.

Et par « intéressante » je ne veux pas forcément dire « sympathique » et encore moins « parfaite ». Le lecteur doit pouvoir ressentir une forme d’empathie, d’identification ou même de répulsion envers les personnages : en tout cas il doit y voir le reflet de l’âme humaine. Même s’il n’est pas humain. Les seuls contre-exemples seraient des entités dépourvues de tout sentiment ou défaut, et cet état provoquera aussi une réaction émotionnelle pour le lecteur, par « contre identification » (aucune idée de si le concept existe, mais j’espère que l’idée est claire).

Enfin bref, l’important est donc de penser aux nuances. Je déteste le manichéisme : la perfection est barbante, la méchanceté gratuite aussi. Aucun être humain réel ne possède que des qualités ou que des défauts, même le plus grand philanthrope ou le pire monstre. D’autant qu’une caractéristique est souvent à double tranchant : un personnage impulsif peut commettre des bourdes, mais sera aussi plus réactif en situation de crise ; une grande assurance permet d’avancer dans la vie mais peut aussi rendre arrogant ; une personne introvertie aura du mal en situation sociale mais aura peut-être développé une plus grande créativité. Vous pouvez vous inspirer des profils de personnalité comme sur ce site par exemple pour développer vos personnages.

L’état de santé mentale jouera aussi sur les traits de caractère et expliquera des réactions parfois décalées pour un regard extérieur. Selon les thèmes et le type d’histoire que vous écrivez, cela peut apporter une profondeur supplémentaire à vos personnages. Je ne parle pas forcément de psychopathes dans un thriller, mais aussi de personnes comme les autres, sauf qu’ils ont un bagage supplémentaire - anxiété chronique (cf Yuri dans Yuri on Ice), dépression (cf Rei dans March comes in like a Lion) -, ou encore un profil atypique - autisme, TDAH, par exemple.

Pensez également aux goûts, phobies, croyances - religieuses, mais pas seulement -, préjugés, de vos personnages. Il n’y a pas deux personnes pareilles sur ces points dans la vraie vie, cela doit se refléter aussi dans une fiction. Ou au contraire, si tout un peuple est identique cela peut renforcer une ambiance de société totalitaire. Dans les deux cas, cela montrera la personnalité à part (ou pas donc) d’un personnage. 

Exemple très simple : Yurio dans Yuri on Ice est fan de félins. Il a un chat, se surnomme le Tigre de Russie, porte des sweats avec un tigre et toutes les fringues à motif léopard qui lui tombent sous la main. Sur la large galerie de personnages de l’animé, c’est le seul, et ce trait est l’un de ceux qui le distingue à coup sûr des autres.

Si vous parvenez ainsi à leur donner plusieurs facettes, vos personnages en seront d’autant plus intéressant pour le lecteur - et pour vous à écrire !


La vie sociale


La personnalité dont je parlais précédemment n’est pas uniquement le fruit de l’inné et aura à sont tour un impact sur le monde qui entoure le personnage.

Personne n’est jamais complètement seul, ou alors c’est justement une caractéristique particulière. En tout cas, que la famille, les amis, les ennemis, les collègues, les rivaux, les mentors... soient présents ou non, ils ont tous un effet sur le personnage et réciproquement.

Tout d’abord quel est son passé ? En quoi façonne-t-il son présent ? Ces éléments ne sont pas forcément à raconter dans le texte, mais les avoir en tête - ou les créer au fil des besoins - peut permettre d’expliquer une phobie, un trait de personnalité, un réflexe conditionné, une croyance...

Comment est ou était sa famille ? De quel milieu social est-il issu ? S’il en est sorti, était-ce par ses propres moyens, un coup de chance / malchance, grâce à une aide extérieure ? Était-ce volontaire ou contre son gré ?

Ensuite, selon sa personnalité, est-il à l’aise en société, seulement avec certaines personnes, voire juste avec lui-même ?

Enfin, en prolongement de ses goûts et des points forts de sa personnalité, un personnage aura des passions et des compétences / faiblesses. Celles-ci peuvent se mettre à son service pour exceller dans un métier - qu’il a choisi ou pas, qu’il aime ou pas -, ou au contraire être une contrainte qu’il devra dépasser dans son désir de progresser. Un héros de fantasy super fort au combat rapproché et éloigné, dans toutes les formes de magie, en stratégie et qui en plus fait parfaitement la cuisine et est aimé de tout le monde, perso je trouve que c’est peu crédible. Je le trouverais creux, cliché, voire un rien agaçant... à moins que ce ne soit voulu pour une parodie par exemple (oui il y a toujours des contre-exemples à toutes les règles au fond !).

Si vous avez beaucoup de personnages et que ça vous aide, vous pouvez réaliser un diagramme de relations comme celui ci-dessus tiré d’une analyse d’un roman d’André Gide sur Wikipedia. Je n’ai jamais eu besoin d’en faire, en général ce point est assez clair dans ma tête.


Le nom


Sachant que je galère TOUJOURS pour nommer mes personnages, je ne suis pas certaine d’être du meilleur conseil ! J’ai tout de même déjà évoqué le sujet avec les noms des personnages de L’Opale de Feu.

Cependant, la fantasy offre des libertés sur ce point qu’une histoire qui se déroule dans le monde plus ou moins réel ne pourra pas se permettre. Un nom doit en effet s’inscrire dans le genre du roman et l’époque dans laquelle il se déroule. Par ailleurs le milieu social, l’âge du personnage et sa nationalité sont aussi des éléments importants : un Japonais ne va pas s’appeler Gérard ; une noble française sous la Révolution ne se nommera probablement pas Léa (j’ai peut-être tort, mais ce prénom me semble récent). Si ces dernières années presque tous les types de prénoms sont acceptés en France, ça n’a pas toujours été le cas, et c’est peut-être toujours d’actualité dans d’autres pays.

Idéalement le nom doit coller à la personnalité du personnage et est éventuellement porteur d’une histoire familiale ou d’un sens. C’est pourquoi il est plutôt attribué après les étapes précédentes (au moins les grandes lignes en tout cas).

Mais comme je disais, j’ai toujours beaucoup de mal... Je m’aide notamment des sites de prénoms, je recherche par nationalité ou par sens par exemple. Ils donnent souvent des statistiques, voire des années d’apparition qui peuvent éviter des anachronismes.


L’apport à l’histoire / la narration


Finalement pourquoi réfléchir à tout ça ?

Tout simplement parce que vos personnages, en particulier les principaux, sont les acteurs de votre histoire. Bien les connaître permet d’écrire leurs réactions personnelles à chaque situation précise dans laquelle vous les placerez. Au fond, si on sait lui rester fidèle et l’écouter, un bon personnage échappe à son auteur, devient vivant et lui raconte son histoire. Ce n’est pas une image quand je dis que parfois mes personnages me désobéissent : j’avais prévu une réaction au départ, mais une fois en situation, ils me font comprendre que non, ce n’est pas leur avis. Ces moments sont pour moi les meilleurs dans le processus créatif !

Toutes les informations que vous développez ne sont pas forcément à donner au lecteur, ou pas forcément tout de suite. Selon votre histoire, garder au contraire des éléments cachés va ajouter de la tension narrative. Celle-ci peut venir notamment d’une différence entre ce que montre un personnage et ses véritables pensées : vous, l’auteur, savez quelles sont ses motivations - et pouvez le faire agir en conséquence - mais le lecteur non, ce qui peut ajouter des strates à sa personnalité, des éléments de surprises, etc.

Par ailleurs, votre narration peut aussi être influencé par ces informations, notamment si vous choisissez la 1ère personne ou la 3ème personne centrée sur un personnage : son regard peut fausser la réalité sur lui ou les autres. L’exemple parfait du narrateur peu fiable, c’est Yuri dans Yuri on Ice : alors qu’il se présente comme un patineur parmi d’autres, il est « juste » le n°6 mondial. Ce filtre lié à sa personnalité nous donne ainsi une image différente de la réalité, ou de celle que le reste du monde a de lui.

Si je cite plusieurs fois l’exemple de Yuri on Ice, c’est parce que non seulement les personnages y sont très réussis, mais je les ai analysé avec l’écriture de mes fanfictions : c’est un excellent exercice qui permet de porter le regard sur les différents points que j’ai développé dans cet article.

Ainsi, les personnages vont raconter chacun une histoire qui leur est propre selon qui ils sont. Leurs aspirations qui se heurtent aux difficultés seront le moteur de l’intrigue, et à la fin du récit ils auront évolué - en bien ou en mal, ça n’a pas d’importance.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les mettre en commentaire (par contre Jimdo ne permet pas de surveiller les réponses...), sur Twitter (@OpaleDeFeuAC) ou sur CuriousCat.


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